Neuchâtel, canton suisse au record d'avortements après Genève

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SANTÉ - Selon une enquête de l'OFS, Neuchâtel a le plus fort taux d'avortements en 2008, juste après Genève. Les chiffres restent toutefois stables d'année en année. Décryptage.

Les femmes avortent plus à Neuchâtel que dans le reste de la Suisse. Avec, en 2008, 9,6 interruptions de grossesse pour mille femmes âgées de 15 à 44 ans, le canton dépasse largement la moyenne nationale qui est de 6,9 pour mille. Ces chiffres, publiés jeudi passé par l'Office fédéral de la statistique (OFS), placent Neuchâtel en seconde position, derrière Genève qui présente un taux de 13 pour mille. La ministre de la Santé Gisèle Ory a exprimé son étonnement face à ce classement. «Cela m'interpelle, car il y a de la prévention dans les écoles. Les jeunes devraient être au courant.»

Des éléments d'explication

Pour la responsable du planning familial, plusieurs facteurs pourraient toutefois partiellement expliquer ce taux d'avortement élevé. Nadia Hügli souligne tout d'abord le respect de la loi par les autorités neuchâteloises. Depuis 2002, chaque canton doit en effet posséder une structure permettant aux femmes enceintes en situation de détresse d'avorter. «C'est aussi le cas ailleurs. Mais certains font peut-être traîner les choses pour que les femmes dépassent le délai de douze semaines», envisage Nadia Hügli. «Toutefois, même avant l'entrée en vigueur de cette norme, Neuchâtel était déjà assez libéral en matière d'interruptions de grossesse.»

Elle ajoute que la situation financière précaire de beaucoup de Neuchâteloises et Neuchâtelois peut également avoir une influence, tout comme le manque de structures d'accueil pour la petite enfance. «Chez les femmes que nous rencontrons, les motifs financiers, comme le chômage ou le fait de ne pas pouvoir assumer un enfant de plus, reviennent de plus en plus souvent», note Nadia Hügli. «Et nous observons que l'avortement concerne beaucoup de femmes âgés entre 25 et 35 ans.» Gisèle Ory admet elle aussi des problèmes à régler dans ces domaines. «Les interruptions de grossesse touchent beaucoup les Neuchâteloises un peu plus âgées, et non les adolescentes. Le chômage ou le stress semblent effectivement jouer un rôle.»

Les jeunes concernées

Le taux d'avortement chez les adolescentes constitue une seconde particularité neuchâteloise. Même si ce n'est pas cette tranche d'âge que qui est la plus concernée – mais celle des 20-35 ans – le canton enregistre tout de même l'un des plus fort taux d'interruptions de grossesse chez les jeunes filles de 15 à 19 ans, après Nidwald, Appenzell Rhodes-Intérieur et Obwald. «A Neuchâtel, il y a de l'information sexuelle scolaire à tous les niveaux. Et en 9ème année, nous abordons les thèmes de l'avortement et des grossesses non désirées lors de Journées Santé. Nous touchons vraiment tous les âges». Elle ajoute que le canton connaît une forte progression des interruptions de grossesses médicamenteuses, qui ne se pratiquent que jusqu'à un délai de cinq semaines. «On voit que les Neuchâteloises sont bien informées et peuvent agir suffisamment tôt.» Une remarque qui corrobore une corrélation à l'encontre des idées reçues entre prévention et taux d'avortement. Il semblerait qu'une prévention plus forte débouche sur une activité sexuelle plus forte, et donc sur un taux d'avortement plus important in fine.
 

Source :  Le courrier