Un militant anti-avortement patron de la santé mentale de la Marne

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Le ministère de la Santé vient de nommer, cette semaine, Xavier Dousseau, 54 ans, directeur de l'Établissement public de santé mentale de la Marne (EPSMM) pour succéder à Claude Haudier.La nomination, qui doit être effective le 1er janvier prochain, aurait pu passer inaperçue sauf que des salariés marnais s'émeuvent du passé de leur futur patron.

En octobre 1995, Xavier Dousseau, alors directeur adjoint de l'hôpital de Valenciennes, avait pris la tête d'un commando anti-avortement, avant de s'enchaîner à une table d'opération dans la salle d'intervention du centre d'IVG de son propre hôpital ! Dix personnes s'étaient attachées les unes aux autres avec des antivols de moto dans « l'avortoir de l'Hôtel-Dieu ». Les pompiers et les policiers avaient délogé les manifestants. Un Marnais, Emmanuel Cousin, fils d'un notaire de Suippes, et beau-frère de Xavier Dousseau, faisait partie des personnes interpellées et placées en garde à vue.

Xavier Dousseau, membre de la communauté chrétienne « Pain de Vie », avait réclamé le « même droit à l'objection de conscience que pour les médecins ». Également militant de « Mère de miséricorde », une association qui gère des centres d'accueil pour les mères en difficulté, le cadre hospitalier récuse la loi Veil et le planning familial au nom de ses convictions religieuses.

La justice, elle, n'en a eu cure. Le tribunal correctionnel lui avait infligé la plus lourde des peines : 18 mois de prison dont 9 avec sursis et 3 000 € d'amende. Quatre autres prévenus avaient écopé de prison ferme. Le délibéré dépassait même les réquisitions d'Éric de Montgolfier, le procureur de la République de l'époque.

En appel, la sanction sera ramenée à 18 mois avec sursis pour Xavier Dousseau, reconnu coupable "d'entrave au fonctionnement d'un service assurant des interruptions volontaires de grossesse", un délit créé par une loi de 1993. Outre la sanction pénale, Xavier Dousseau avait été suspendu de ses fonctions pendant deux ans.

Dans sa grande miséricorde, le ministère de la Santé l'a réintégré à l'issue de ces années de purgatoire. À la fin de sa pénitence, après être parti deux ans en mission en Afrique prêcher la bonne parole, il a pris la tête d'une maison de retraite. Il est ensuite devenu directeur adjoint de l'hôpital psychiatrique de Saint-Dizier (550 salariés) avant d'être nommé, à partir du 1er janvier prochain, responsable de la prise en charge des malades mentaux dans la Marne (900 salariés).
A priori, le fonctionnaire s'est racheté une virginité et s'est même montré excellent gestionnaire. « Partout où il est passé, il a redressé les comptes », affirme un syndicaliste haut-marnais. Pendant les dix ans passés à Saint-Dizier, l'homme s'est forgé une réputation, non pas de prosélyte, mais d'homme plutôt ouvert, facile d'accès et gros travailleur. « Nous n'avons vraiment rien à lui reprocher », souligne une déléguée CFDT. Autant d'avis favorables qui, pourtant, ne rassurent pas certains de ses futurs subordonnés

Source : L'Union